Colloque petite enfance : « Comment réussir la mixité sociale dans son établissement ? »

Le vendredi 5 juillet Alisé et la FNAPPE ont organisé un colloque, au Palais du Luxembourg sur une question majeure d’actualité : « Comment réussir la mixité sociale dans son établissement ? ». Cette journée, animée par Gaëlle Guernalec-Levy, fondatrice et responsable éditoriale de Gynger, a réuni plus de 150 personnes.

Chercheurs et professionnels de la petite enfance sont intervenus en conférences et tables rondes organisées pour partager les retours d’expériences et répondre aux questions clefs de la mixité sociale dans les modes d’accueil collectif.

En introduction, Dorothée Pradines, conseillère auprès d’Olivier Noblecourt, le Délégué interministériel à la prévention et à la pauvreté, a reposé l’enjeu de l’accueil des enfants de famille en situation de précarité en EAJE1. « Il n’est jamais trop tôt pour investir dans la réussite éducative car certaines inégalités s’ancrent dès le plus jeune âge » a-t-elle précisé tout en rappelant la nécessité de rendre les modes d’accueil accessibles aux familles les plus démunies pour combattre les inégalités bien avant qu’elles ne se creusent.

État des lieux sur le développement de l’enfant et les inégalités sociales

Dans son intervention, Lidia Panico, chercheuse à l’INED2 a présenté des études qui démontrent que le mode d’accueil a un effet bénéfique par exemple sur le développement du langage et de la motricité de l’enfant. En effet, l’acquisition du vocabulaire serait plus rapide pour les enfants en structures d’accueil et plus lente pour les enfants qui n’y ont pas accès, ce qui peut avoir des conséquences sur le devenir de l’enfant.

Changer le destin des enfants vulnérables 

Florent de Bodman, fondateur et directeur de l’association 1001 mots, a complété les échanges avec les conclusions de l’étude Carolina Abecedarian. Celle-ci établit qu’une place en crèche avec un projet pédagogique et une durée d’accueil suffisante pouvait doubler les chances d’aller à l’université. Et de souligner : « La crèche ne devrait pas seulement être considérée comme un mode de garde mais comme un outil d’égalité des chances »

D’autres sujets comme les procédures d’attribution des places en crèche, la stratégie de lutte contre la pauvreté ou encore le bonus « mixité sociale » ont également été abordés. En conclusion les intervenants étaient unanimes : « La petite enfance constitue un levier efficace de réduction des inégalités ».

Volonté politique et institutionnelle d’aller vers les publics vulnérables : 1ère table-ronde de la journée

Au cours de la première table-ronde, élus et institutions3 ont échangé sur les moyens d’atteindre les populations vulnérables et contribuer à instaurer la mixité sociale dans les EAJE. Crèches à Vocation d’Insertion Professionnelle, horaires d’accueil atypiques, Centres d’Informations Parent Enfant… tous ont évoqué les différents outils concrets mis en place pour informer, accueillir et accompagner les familles vulnérables, tout en rappelant la véritable définition de mixité sociale c’est-à-dire le fait d’accueillir les plus riches et les plus pauvres.

L’impact de l’accueil des familles fragiles sur la « professionnalité » des équipes de crèche

La 3ème conférence accueillait le sociologue Pierre Moisset, spécialiste de la famille et de la petite enfance. Il s’est exprimé sur l’impact de l’accueil des familles vulnérables auprès des professionnels et sur le fonctionnement de la structure. Il a rappelé la différence entre lutte contre la pauvreté « monétaire » et lutte contre la pauvreté « éducative ». Il a également présenté les écueils auxquels peuvent se heurter les équipes, les conditions nécessaires pour accueillir ces publics ainsi que les gratifications de cet accueil pour les professionnels (par exemple voir la situation des enfants s’améliorer, voir le parent changer devant l’amélioration de l’enfant, etc).

Les effets de cet accueil des publics fragiles sur les professionnels et l’organisation des structures

Une deuxième table ronde a clôturé le colloque. Elle a réuni des professionnels de structures d’accueil 4 qui ont partagé leurs retours d’expériences au sein des EAJE, les difficultés qu’ils ont pu rencontrer ou bien encore les moyens qu’ils ont déployés pour favoriser et réussir la mixité sociale dans leur établissement.

La question de la posture et de la formation des professionnels, les pratiques éducatives des familles parfois éloignées des « normes » ou encore les horaires décalés ont été également développés ; l’intérêt étant de mesurer le réel impact de la mixité sociale sur l’organisation d’une structure, sur le travail des professionnels et sur la relation avec les familles.

Alisé et la FNAPPE remercient les participants et les intervenants de leur contribution par la qualité des échanges, à la réussite de ce colloque.

 

 

  1. EAJE : établissement d’accueil du jeune enfant
  2. INED : Institut national d’études démographiques
  3. Intervenants à la 1ère table ronde : Myriam Sagrafena, conseillère municipale chargée de la Petite enfance pour la ville de Metz ; Florence Thibaudeau Rainot, 1er Adjoint au maire en charge de l’Education et de la Petite Enfance, vice présidente du conseil départemental ; Sandrine Charnoz, conseillère déléguée chargée des questions relatives à la petite enfance à Paris ; Tahar Belmounès, Directeur de la CAF du 93 ; Magalie Rascle, Directrice du Développement sanitaire et social à la Caisse Centrale de la MSA
  4. Intervenants à la 2ème table ronde : Arnaud Gallais, directeur Général Enfant Présent ; Séverine Bresson, chargée de mission petite enfance à la Croix Rouge ; Vincent Mermet, directeur d’Espace 19 et Carole Locatelli, directrice d’une crèche Espace 19 ; Julien Taffoureau, administrateur chez Baby-Loup et Carole Grivel, psychologue, notamment dans les crèches Crescendo.

 

Source : Gaëlle Guernalec Levy, fondatrice et responsable éditoriale de Gynger